" Flixecourt !! 10 minutes d'arrêt ! " (1870)

Quel emplacement pour la gare de Flixecourt ?

  • Le document du mois d'août témoigne d'une époque de notre pays, et du territoire de la vallée de la Nièvre en particulier, où les lignes de chemins de fer sillonaient les campagnes et constituaient un mode de déplacement quotidien.
  • Il s'agit d'une note descriptive, datant de 1870, relative à l'emplacement choisi pour la construction de la future station de Flixecourt.
  • Ledit document a été établi dans le cadre d'une enquête publique ayant pour fonction de sonder les habitants de Flixecourt sur l'opportunité des emplacements retenus. Ce document est donc un exemple typique de ce que nous nommons "archives" : initialement produites dans le cadre d'une activité proprement administrative et juridique, certaines deviennent les porteurs de notre mémoire commune.
  • Cette note précise l'étendue des communes alentours desservies et ce alors même que certaines d'entre elles sont éloignées de quelques kilomètres. Voilà qui témoigne de l'importance et de la révolution engendrée par l'implantation du chemin de fer, et des petites lignes en particulier, dans les campagnes. Le caractère proprement industriel de la vallée en constitue un facteur accélérateur.
  • Les précisions apportées quant à sa situation vis à vis du centre, c'est à dire de l'ancien hôtel de ville, et de la RN 35 d'Abbeville à Compiègne (actuelle D1001), nous permet de localiser avec précision cette gare. Il n'en reste aujourd'hui aucune trace. Seul témoigne dans le paysage l'ancien tracé que l'on peut encore deviner, irrégulier, et sur lequel des constructions ont empiété.

L'implantation des petites lignes de chemin de fer au XIXe siècle

 

  • La ligne sur laquelle la gare de Flixecourt fut construite est celle qui relie Gamaches (Somme) à Bouquemaison (Somme) et fut exploitée par la Compagnie dite "De Frévent à Gamaches" créé en 1869 afin d'obtenir spécifiquement la concession d'exploitation de cette ligne de chemin de fer.
  • Déclarée chemin de fer d'intérêt local par l'Etat, ce tronçon est un témoignage des multiples lignes et compagnies de chemin de fer qui ont vu le jour dans le courant du XIXe siècle avant d'être, bien souvent, rachetées et incorporées aux grandes compagnies, à l'instar de la Compagnie des chemins de fer du Nord, quelques années après leur création.
  • Cette ligne desservait notamment Gamaches, Oisemont, Airaines, Longpré-les-Corps-Saints, Flixecourt, Berteaucourt les Dames et Doullens.
  • La compagnie de Frévent à Gamaches, également concessionnaire d'une portion allant de Amiens à Canaples, tombera en faillite en 1880. Ses lignes seront exploitées par la Compagnie des chemins de fer du Nord avant que celle-ci ne rachète l'ensemble des actifs de feue la compagnie en 1883.

Chemins de fer et spéculation !

 
  • Loin d'être une oeuvre de philanthropie ou même d'entrepreunariat solide et volontaire, l'obtention forcenée de concessions des lignes de chemin de fer publique répondait, pour ces petites compagnies, à l'exercice d'une forme de pression sur les grandes Compagnies, soucieuses de conserver le monopole au sein de leurs vastes aires géographiques respectives.
  • Si leur politique entrepreneuriale imposait la conservation du monopole dans un secteur donné, il leur était obligé de traiter ou de racheter avec les petites compagnies leurs tronçons à des prix très élevés, au bénéfice des fondateurs de ces petites compagnies. Pendant ce temps, les formes d'organisation de ces dernières assuraient à leurs fondateurs des bénéfices très importants :
  • Exploitée par la société Lyonnaise des Omnibus, appartenant à M. Delahante, un des créateurs de la Compagnie, construite par Abt, un autre des créateurs de la Compagnie, à des tarifs exorbitants dans les deux cas, la ligne de Frévent à Gamaches témoigne d'une pratique tendant à la création de sociétés à l'organisation quasi fictive. Les neuf dixièmes des actions étant possédées par les administrateurs, ou leurs obligés au sein des sociétés de construction ou d'exploitation, les Assemblées Générales des actionnaires ne constituaient qu'un mécanisme, assuré, d'octroi de dividendes et de réparations  financières pharamineuses.... avant une faillite assurée !