Les Moulins Bleus et le paternalisme ouvrier (1889)

Une école pour les Moulins Bleus

  • Le document du mois d'octobre est une délibération du Conseil municipal de l'Etoile datée de 1889.

 

  • Celle-ci relate les échanges entre la société Saint-Frères et le Maire de la commune de l'Etoile quant à la possibilité de construction par l'entreprise d'une école de garçons et de filles pour les enfants des ouvriers aux Moulins Bleus.

 

  • Moyennant un loyer versé par la commune, Saint-Frères propose donc de supporter la construction de cette école et des logements pour les instituteurs, d'assurer son entretien ainsi que le paiement de l'assurance et même de pourvoir au réglement de l'impôt s'il y a lieu.

 

  • Le Conseil municipal adresse au moyen de cette délibération ses remerciements les plus sincères pour cet engagement à une période où la population des Moulins Bleus ne cesse d'augmenter continuellement eu égard à l'essor de l'usine située en cette localité.

La paternalisme ouvrier au XIXe siècle

  • Ce document permet d'appréhender les contours du paternalisme ouvrier au XIXe siècle, un système régissant les relations entre employeur et salariés d'une entreprise dans leur totalité, un réel produit de la révolution industrielle qui éclot en France au XIXe siècle.
  • Ce système est conçu afin d'intégrer et donc de protéger l'homme avant, pendant et après la journée de travail. Dans sa conception initiale, c'est un système entrepreuneurial clos dans lequel le chef d'entreprise fait preuve d'une certaine innovation sociale : institutions de prévoyance sociale, logements ouvriers en location, structures d'éducation ou de distraction.
  • Au coeur de ce rapport au travail et à son environnement proche se trouve un schéma relationnel nouveau entre un dirigeant d'entreprise qui assumerait l'autorité paternelle, et ses devoirs, et des ouvriers, ses "enfants salariés". L'objectif avéré est de rendre fiers de leur entreprise les ouvriers afin qu'ils y soient consciensieux et productifs.
  • Oeuvre de dirigeants éclairés, chrétiens et libéraux, le paternalisme se pose également comme un rempart contre les critiques qui dénoncent les maux pernicieux de l'industrie : paupérisme et labeur. Mais c'est aussi un système qui tente d'enrayer le progrès et l'extension du mouvement ouvrier et du socialisme. Il pose comme base la concorde des classes en tant que promoteur d'avantages sociaux patronaux. A ce titre il s'érige contre l'ingérence de l'Etat et porterait les idées de progrès social à lui seul.
  • Le développement du paternalisme et de ses avatars, assurent, ce faisant, aux dirigeants d'entreprise une relative docilité de leurs ouvriers. Mais, au fur et à mesure du temps, certaines conditions de travail, l'émancipation très progressive du mouvement ouvrier révèlent des failles conduisant à la mise en lumière d'intérêts très divergents entre dirigeants d'entreprise et ouvriers, ces derniers appréhendant et comprenant alors différemment leur rôle au sein du modèle économique capitaliste et libéral.
  • Quelques exceptions se font le jour à l'instar du fameux familistère de Guise qui se construit autour d'un socialisme fouriériste. Au décès de Jean-Baptiste Godin, son fondateur, l'usine est d'ailleurs léguée aux ouvriers, devenus dès lors coopérateurs de l'entreprise, modèle abouti d'un partage voulu équitable du travail et du capital.