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À propos de la galette des Rois... (1893)

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  • À l'occasion de la nouvelle année, le Service intercommunal d'Archives vous invite à découvir ou redécouvrir d'où nous vient la tadition de la galette des rois et ce au travers d'une illustration publiée dans le Petit Journal illustré du 7 janvier 1893.
  • Ce périodique fait partie des acquisitions entrées par voie extraordinaire, car d'origine privée, du Service intercommunal d'Archives. 
  • Déguster une galette des rois à l'occasion de l'Épiphanie (terme d'origine grecque signifiant apparition) remonte à l'antiquité romaine. Originellement donc la pratique du partage d'un gâteau ne revêt pas de caractère chrétien. Ce n'est que bien plus tard que cette date sera choisie pour marquer le calendrier liturgique de l'arrivée des rois mages auprès de Jésus-Christ, douze jours après sa naissance.
  • Lors des fêtes en l'honneur du Dieu Saturne, les Saturnales, qui avaient lieu la semaine du solstice d'hiver (du latin sol invictus, le soleil invaincu), les Romains organisaient de grands festins durant lesquels, au sein de chaque gens romaine, citoyens et esclaves partageaient un grand gâteau dans lequel un haricot était dissimulé. Celui qui trouvait ce haricot dans sa part devenait roi d'un jour et pouvait dicter ses ordres à tous, même s'il était esclave. 
  • Durant ces fêtes très populaires, l'ordre hiérarchique des hommes se trouve inversé, les eslaves peuvent parler et aller à leur guise, ils ont la possibilité de critiquer leurs maîtres ou de se faire servir par eux. Écoles et tribunaux sont fermés, les exécutions suspendues.
  • Les Saturnales étaient l'occasion de débauche incontrôlée dont la pratique perdura après la christianisation de l'Europe. C'est pourquoi l'Église choisit d’instituer au XIIe siècle, à la date du 6 janvier, la fête de l’Epiphanie et, ce faisant, christianisa ces agapes.
  • Notre galette des Rois, ronde et dorée à la frangipane rappelle, par sa forme et sa couleur ambrée, l’astre solaire dont les Saturnales fêtaient la résistance face aux ténébres. La recette daterait seulement du XVIIe siècle.

Janvier 1893 : des galettes au goût amer...

  • Le document du mois profite de cette tradition afin de représenter l'un des plus grands scandales de la Troisième République. Il s'agit du scandale de l'affaire du canal de Panama.
  • En argot, la galette signifie également l'argent. En l'occurence, cet argent fait ici référence aux bénéfices importants espérés par Ferdinand de Lesseps et l'ensemble des personnes parties prenantes, soit dans la société qu'il a créée, soit dans le vote de la loi simplifiant le système des souscriptions permettant de financer son projet. Sont représentée ici :
    • Au centre, en train de découper la galette, le baron Jacob de Reinach, banquier et principal protagoniste du système de corruption des hommes politiques et de la presse (incarcéré le 3 novembre 1892, retrouvé mort le 19).
    • À sa droite, Ferdinand de Lesseps.
    • Derrière lui, le ministre des Finances, Maurice Rouvier.
    • À sa gauche, possiblement Gustave Eiffel.
  • Tous semblent avides de pouvoir obtenir leur part d'une galette qui ne restera qu'hypothétique ! Il est assez cocace que le procès des accusés eut lieu en janvier 1893, période de la galette des Rois... Si c'est la fève qui fut espérée par tous, ils ne trouvèrent en définitive que le gendarme et, aux dires du journaliste, de nombreuses indigestions à vouloir être trops gourmands...

Pour comprendre cette affaire, voici quelques éléments :

  • En 1879 Ferdinand de Lesseps constitue la Compagnie universelle du canal interocéanique de Panama. C’est une société anonyme chargée de collecter des fonds pour financer les travaux de construction d’un canal sur l’isthme de Panama afin de relier l’océan Atlantique à l’océan Pacifique. Les travaux débutent en 1881 mais se heurtent à de grandes difficultés techniques et une mortalité très importante due au climat malsain du pays.
  • Afin de palier ces retards, Lesseps cherche et obtient de l'argent grâce à des appuis dans les milieux politico-financiers, via un homme d’affaires nommé Cornelius Herz. La presse et de nombreux parlementaires sont corrompus afin d’obtenir une loi en 1888 permettant l’émission d’emprunts. La situation financière de la Compagnie ne se redresse toutefois pas et la Compagnie est mise en liquidation judiciaire en 1889, entraînant la ruine de 85 000 souscripteurs. Le scandale est énorme et éclabousse la classe politique et la presse. L’enquête révéla qu’une centaine de parlementaires auraient touché des sommes élevées pour voter la modification de la loi. 
  • Le procès s’ouvrit le 10 janvier 1893 et, comme le prévoyait l’article du Petit Journal trois jours auparavant, les sanctions furent sévères :
    • Ferdinand de Lesseps fut condamné à cinq ans de prison (il y échappa pour vice de forme) ainsi que son fils Charles, et à 3000 francs d’amende, pour abus de confiance.
    • Gustave Eiffel à deux ans de prison et 20 000 francs d’amende avant d’être réhabilité en juin.
    • L’ancien ministre des Travaux publics Charles Baïhaut fut condamné à cinq ans de prison.
    • D’autres collaborateurs de la Compagnie écopèrent aussi de diverses peines.